Nicolas Sarkozy : «La colère du peuple doit être entendue»… Et bien, vous avez la mienne !

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Et bien, vous avez la mienne !

Nicolas Sarkozy : «La colère du peuple doit être entendue»

Publié le 12/11/2016

Le 7 novembre à Courbevoie.

Le candidat à la primaire de la droite et du centre était en déplacement samedi à Bordeaux.

De notre envoyée spéciale à Bordeaux

«J’ai plein d’amis à Bordeaux!», confiait Nicolas Sarkozy il y a quelques jours. Pour son meeting bordelais, l’ancien président de la République est entouré d’un nombre important d’élus, parmi lesquels deux chiraquiens, François Baroin et Christian Jacob. Un petit message envoyé au maire de Bordeaux qui, lui, se trouvait au Havre. «Oui, on est venu à une petite délégation», s’amuse un des élus aux côtés de Nicolas Sarkozy. «Il y a des endroits de France que l’on connaît moins bien, comme Bordeaux…». À une semaine du premier tour, c’est bien à une démonstration de force que les sarkozystes ont voulu se livrer sur les terres de leur principal concurrent.

Deux ans après le meeting de Bordeaux, durant lequel Alain Juppé s’était fait huer aux côtés de Nicolas Sarkozy, l’ancien président devenu candidat à la primaire est revenu… au même endroit, dans la même salle, devant plus de 3000 personnes réunies en pleine après-midi. Le ton est donné dès les premières minutes: «C’est un grand bonheur d’être à Bordeaux et dans ce département où j’ai tant d’amis», s’amuse Nicolas Sarkozy.

Les élus installés derrière lui sur scène, le candidat plante le décor: Alain Juppé ou François Fillon sont des concurrents. «Je vous demande de vous souvenir que j’aurai besoin de tout le monde quand on aura gagné le 27 novembre», se projette-t-il. «Mes concurrents ne sont pas mes adversaires, nous sommes tous de la même famille. Et c’est pour ça que je vais pouvoir vous parler franchement». L’ancien chef de l’Etat entend donc souligner les différences de lignes qui l’opposent à Alain Juppé. Un débat qui doit avoir lieu sous peine d’engendrer, martèle le candidat, l’échec du futur quinquennat. Car pour Nicolas Sarkozy, l’échec des années Hollande serait lié à la primaire du PS qui n’aurait pas tranché les questions de fond. «Nous devons parler de tout. Tout part du diagnostic», reprend-t-il à la tribune.

Sarkozy tacle Juppé et son «identité heureuse»

«Je ne crois pas à l’identité heureuse», entame-t-il. Un petit «bouh» se fait entendre dans la salle. «Pour les 6 millions de chômeurs, l’identité elle-est heureuse? Réfléchissez à ça». Nicolas Sarkozy se livre à une longue anaphore en reprenant l’un des fils rouges de campagne d’Alain Juppé et en le déformant. Pour le maire de Bordeaux, l’identité heureuse n’est pas un constat mais un objectif. «L’identité heureuse pour qui? Pour les familles qui ont été matraquées fiscalement?», interroge l’ancien président de la République.

La salle écoute attentivement. «L’identité heureuse pour les classes moyennes? Elles ne se sont jamais senties aussi déclassées. Le déclassement, c’est quand vous avez l’impression de vivre moins bien que vos parents et que vous avez la certitude que vos enfants vivront moins bien!» Le public, très réceptif, écoute la démonstration qui dure plusieurs minutes. «L’identité heureuse quand 238 personnes ont été lâchement assassinées par des barbares sanguinaires?»

Sifflements dans la salle

Dès lors, pour le candidat, exposer ses différences avec Alain Juppé ne relève pas d’un «médiocre» débat mais d’une nécessité. Et on l’aura compris, à quelques jours du premier tour, il est convaincu que plus Alain Juppé s’expose, et plus le programme du maire de Bordeaux est connu, moins il est apprécié. «Il y a un progrès dans l’identité heureuse: maintenant, on a le droit de parler d’identité! Dieu qu’on m’en a fait le reproche!» Des «Nicolas, Nicolas», retentissent. Les drapeaux français s’agitent.

«Si donc comme moi, comme nous, vous pensez que la situation est grave, alors l’alternance doit être forte. Je veux d’ailleurs dire un deuxième point d’accord avec un certain nombre de mes concurrents dont Alain Juppé». Une deuxième fois, sur ses terres, le nom du maire de Bordeaux est sifflé. Nicolas Sarkozy fait mine de calmer la salle. «Non, non». «Comprenez-moi bien. J’ai l’intention de tout dire avant pour tout faire après. Si vous me faites confiances c’est ce qu’on fera ensemble.» La primaire doit servir à trancher les questions. «Ce n’est pas pour dire du mal de qui que ce soit», souligne-t-il. Pas non plus pour en chanter les louanges… Nicolas Sarkozy met Alain Juppé et François Hollande dans le même panier. «Après cinq ans d’impuissance, on ne va pas prendre cinq ans d’immobilité!»

Nicolas Sarkozy en vient à parler de la majorité qui devra accompagner le président élu… et donc de François Bayrou. «Je n’ai aucun compte à régler, surtout avec quelqu’un qui a été trois fois candidat mais jamais qualifié au second tour». Pour la première fois, Nicolas Sarkozy évoque lors d’un meeting un pacte Bayrou-Juppé… pour mieux le dénoncer. «Alain Juppé fait une erreur en faisant un pacte avec François Bayrou.Il nous a fait entrer dans le socialisme ce n’est pas lui qui nous en fera sortir».

Nicolas Sarkozy entend donc à Bordeaux insister sur son fil conducteur, être le candidat «porte-parole de la majorité silencieuse». Il revient sur l’élection américaine. «Je n’accepte pas que lorsque 58 millions d’électeurs votent pour Donald Trump, on se bouche le nez, on dise populisme et que le peuple a tort. Quand le peuple vote, il n’a pas tort.» Nicolas Sarkozy va plus loin. Il dénonce la «pensée unique» et «donneurs de leçons». «Quand 58 millions d’électeurs expriment leur souffrance, elle doit être respectée. Quand ils disent que l’industrie s’en va, il faut les entendre. Quand ils disent que l’immigration, il y en a trop, il faut les entendre. Car ils pourraient le dire ici».

«On va leur montrer que la majorité s’est mise debout»

Pour Nicolas Sarkozy, l’élection américaine doit servir d’électrochoc. «À force de ne pas écouter la colère du peuple, il va finir par se révolter, par renverser la table! Je déteste le mot populisme. Le vote populaire, notre devoir, c’est de le respecter.» Et il veut que les «leçons soient tirées en France». «La colère du peuple doit être entendue».

Il aborde la question de l’islam politique, de l’intégration, des fichiers S, de l’Etat de droit, du burkini. Il faut, dit-il «avoir le courage de parler d’immigration». «Je ne me reconnais en rien dans le discours de Marine Le Pen. En rien! Mais je n’accepte pas que l’on me dise que poser la question des frontières ou de l’immigration c’est du racisme. C’est simplement de la lucidité». Aux yeux de l’ancien chef de l’Etat, «ceux qui ferment les yeux, qui n’ont pas le courage de dire une réalité, seront complices d’un désastre qui arrive. Parce qu’il arrive!» Et le candidat de lancer: «Je veux être le candidat de la réalité telle que vous vivez, pas d’une réalité virtuelle».

Nicolas Sarkozy le répète: Il souhaite une alternance «forte» qui «a le courage d’assumer nos idées». Pour le candidat à la primaire, la droite ne doit pas «s’excuser» de ce qu’elle est. Il ne sera pas le «président de l’impuissance, de la faiblesse, de la démission», ajoutant qu’il ne veut «pas d’accommodements car ils ne sont jamais raisonnables». Pour lui, «devant la gravité des sujets» auxquels la France doit faire face, «nous sommes obligés de mettre en place une alternance forte». «Demain, il faudra négocier avec Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping». Il appelle ses soutiens à se mobiliser. «Il faut qu’on se réveille et qu’on évite ce que les autres ont connu», en pointant la Grande Bretagne et les Etats-Unis. «On va leur montrer que la majorité s’est mise debout et dit ça suffit.»

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